RDC : Faure Gnassingbé et l’UA face au défi de la pacification durable de l’Est

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L’Union africaine (UA) vient de dévoiler une architecture de médiation pour l’est de la République démocratique du Congo. Une méthode qui s’affirme comme un instrument stratégique de réappropriation africaine de la paix. Dans une région où l’instabilité chronique a trop longtemps été le terrain d’expérimentations externes et de réponses fragmentées, ce dispositif va permettre de restaurer la cohérence et la responsabilité continentale dans un processus de pacification qui exige autorité, légitimité et continuité.

La nomination du président togolais Faure Gnassingbé comme médiateur illustre cette approche. Il n’est pas seulement un coordinateur ; il devient le pivot autour duquel se structurent des responsabilités clairement définies et des expertises politiques de haut niveau. L’architecture thématique qui lui est associée repose sur des figures de poids : Olusegun Obasanjo pour les questions militaires et de sécurité, Sahle-Work Zewde pour l’humanitaire, Uhuru Kenyatta pour le dialogue avec les groupes armés, Mokweetsi Masisi pour la coopération économique régionale et Catherine Samba-Panza pour la société civile, la réconciliation et la participation des femmes. Chacun apporte à ce mécanisme une crédibilité institutionnelle, mais aussi un ancrage africain indispensable pour imposer la primauté des intérêts continentaux.

Cette organisation illustre une lecture fine des défis de l’est congolais où la paix ne se réduit pas à la cessation des hostilités, elle implique la reconstruction de l’État, la justice sociale, l’inclusion citoyenne et la protection des populations vulnérables. La mise en place d’un secrétariat conjoint indépendant, associant États africains et institutions régionales, renforce la coordination technique, tandis que la Commission de l’Union africaine assure le lien avec les partenaires internationaux, garantissant que la médiation africaine reste maître de son agenda.

Mais au-delà de sa sophistication, cette architecture sera jugée sur sa capacité à traduire les intentions en résultats tangibles. Elle devra affronter la tentation de l’ingérence extérieure, gérer les ambitions régionales divergentes et maintenir un cap souverain face aux pressions diplomatiques. La cohérence et la fermeté seront ses seules assurances de succès, car l’histoire récente de la région montre que la fragmentation et l’indécision nourrissent la résilience de la violence.

L’est de la RDC appelle une paix portée par l’Afrique elle-même, avec lucidité et autorité. Cette architecture, si elle est mise en œuvre avec rigueur, peut devenir le symbole que le continent n’attend plus que ses propres mains façonnent sa stabilité et sa souveraineté. C’est ici que se joue le véritable test de la capacité africaine à être architecte de sa propre destinée.

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