Un tiers des campagnes sénégalaises vit encore dans l’ombre de la nuit électrique, une ligne de faille qui sépare l’éclat des métropoles de la pénombre des terroirs. C’est cette géographie de l’injustice que le contrat signé par l’Agence sénégalaise d’électrification rurale avec l’entreprise allemande GAUFF entend redessiner. 120 millions d’euros pour secourir 753 villages. Derrière ce chiffre s’esquisse une ambition politique majeure, celle de résorber un déficit qui relègue encore une part substantielle de la population aux marges du développement.
Cette deuxième phase du projet mise sur l’intelligence du solaire décentralisé à travers l’installation de 183 mini-centrales. Au-delà du simple fil tendu vers les foyers, l’initiative intègre une dimension vitale : 5% du budget sont consacrés à des activités génératrices de revenus. Cette orientation pragmatique transforme le kilowattheure en levier productif, arrachant l’énergie à sa seule fonction domestique pour en faire le socle d’une économie locale pérenne. L’expérience pilote de 2019, qui a illuminé la vie de plus de 200 000 personnes grâce à des parcs photovoltaïques, prouve que la trajectoire est amorcée. Pourtant, le défi demeure titanesque. Tandis que les villes affichent un taux de raccordement frôlant les cent pour cent, les zones rurales peinent à franchir les 65%.
Pour combler cet abîme, le pays évalue ses besoins à plusieurs centaines de millions de dollars, convoquant l’alliance nécessaire des deniers publics et de la force d’investissement privée. À l’horizon 2029, date fixée pour l’accès universel, chaque mois gagné est une victoire contre la fatalité des disparités territoriales. Le Sénégal démontre ici qu’une transition énergétique réussie sur le continent ne se mesure pas seulement au nombre de mégawatts produits, mais à sa capacité à retisser le lien social et à redonner une souveraineté économique aux oubliés de la terre.
Éclairer les campagnes, c’est refuser que la modernité ne soit qu’un privilège urbain et rendre enfin justice à ceux qui nourrissent la nation.













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