Dans les laboratoires de la politique béninoise, les Cassandre avaient déjà tout planifié : l’avènement de Romuald Wadagni à la magistrature suprême devait être celui de la continuité absolue. On attendait un héritier docile, un gardien du temple appliquant à la lettre les dogmes d’un système Talon caractérisé par une verticalité inflexible et une diplomatie du muscle. C’était mal connaître la trajectoire du technocrate devenu hommes d’État. En quelques semaines, le nouveau président a choisi de briser le miroir du mimétisme. Ce n’est pas une trahison, c’est un affranchissement. Le fils refuse d’emboîter les pas du père, et il le prouve là où on l’attendait le moins, sur les chantiers de la diplomatie régionale et de la méthode de gouvernement.
La rupture la plus spectaculaire et sans doute la plus nécessaire s’opère sur le front sahélien. Là où Patrice Talon avait adopté une posture de confrontation rigide face à l’Alliance des États du Sahel (AES), érigeant le blocus, la fermeture des frontières et la guerre du pipeline avec le Niger en principes de souveraineté, Romuald Wadagni oppose le réalisme géographique et l’apaisement économique. En tendant ostensiblement la main à Niamey, Bamako et Ouagadougou dès son investiture, le jeune président liquide l’héritage de la tension permanente. Il sait que l’économie béninoise, asphyxiée par le gel du corridor de l’hinterland, ne pouvait plus payer le prix d’une intransigeance idéologique déconnectée des réalités du terrain. Ce découplage diplomatique avec la ligne dure de son prédécesseur marque la naissance d’une doctrine Wadagni : celle d’un Bénin carrefour, pragmatique, qui préfère les flux commerciaux aux barbelés diplomatiques.
Mais l’affranchissement ne s’arrête pas aux frontières du pays ; il se joue au cœur même de l’appareil d’État. Lors du premier Conseil des ministres de son septennat, qui s’est tenu le jeudi 28 mai 2026, Romuald Wadagni a acté une rupture de méthode majeure en instaurant un tout nouveau format de gouvernance. Désormais, ces réunions exécutives adopteront une périodicité mensuelle, fixée chaque premier mercredi du mois. À cette rationalisation du calendrier s’ajoute une décision hautement politique : le rétablissement du ministère de la Communication, un portefeuille qui avait été supprimé en mai 2021 par Patrice Talon. En redonnant de la solennité aux institutions et en ressuscitant ce canal officiel de parole publique, le nouveau président prend le contre-pied de l’hyper-centralisation de l’ère précédente pour imposer une administration plus collégiale, structurée et transparente.
Marcher dans les empreintes d’un géant est le moyen le plus sûr de ne jamais laisser sa propre trace. Wadagni semble l’avoir compris plus vite que ses détracteurs. En liquidant la diplomatie de la friction avec l’AES et en restaurant les mécaniques classiques d’un État de droit performant, il démontre que l’on peut être le produit d’un système sans en être le prisonnier. Pour le Bénin de 2026, ce refus de l’héritage aveugle est peut-être une chance. Il reste à savoir si le « père », retiré dans l’ombre, continuera à accompagner son protégé. Quoi qu’il en soit, Romuald Wadagni a tranché : il ne sera pas un simple continuateur, mais l’architecte de sa propre histoire.













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