Ghana : La filière cacao sous pression entre dette bancaire et fraude frontalière

Ghana

Le secteur du cacao au Ghana traverse une période de fortes turbulences. Alors que les prévisions de récolte pour la campagne 2025/2026 sont orientées à la hausse, le régulateur national, le Cocobod, dénonce des pratiques de contrebande qui menacent l’intégrité de la filière et la réputation du pays sur la scène internationale.

Le premier point de friction concerne l’origine des fèves. Fin avril, Jake Kudjo Semahar, directeur des services spéciaux du Cocobod, a révélé à Reuters que certaines Compagnies d’Achat Agréées (LBC) détourneraient leurs financements pour acquérir du cacao de contrebande. Profitant d’un différentiel de prix flagrant soit 2 587 cedis (229,4 $) le sac de 64 kg au Ghana contre seulement 1 200 cedis (106,4 $) en Côte d’Ivoire, ces sociétés injecteraient des fèves ivoiriennes dans le circuit ghanéen. Cette pratique engendre un mélange de cargaisons qui risque de dégrader le label de qualité premium du Ghana, précieux pour ses exportations.

Parallèlement à ces accusations, le secteur privé fait face à une asphyxie financière sans précédent. Bien que le Cocobod affirme avoir mobilisé 4,2 milliards de cedis (372 millions $) pour soutenir les achats, l’Association des LBC précise que ces fonds ont principalement servi à apurer des arriérés de paiement. Avec une dette accumulée de près de 750 millions de dollars auprès des banques locales, les acheteurs se disent incapables de financer convenablement la collecte des 650 000 tonnes de fèves prévues pour cette saison. Ils rejettent l’idée d’une fraude généralisée, pointant plutôt la cupidité d’intermédiaires isolés opérant dans un contexte de crise de liquidités.

Cette situation met en lumière la fragilité du modèle de régulation ghanéen. En offrant un prix garanti nettement supérieur à celui de ses voisins pour protéger le pouvoir d’achat des planteurs, le Ghana a involontairement créé une incitation économique à la fraude. L’absence d’harmonisation réelle des prix entre les grands producteurs ouest-africains transforme la frontière en une faille structurelle.

Le véritable danger pour le pays n’est pas seulement financier, il est réputationnel. Si les enquêtes en cours confirment une altération systématique de la qualité des fèves exportées, le Ghana pourrait perdre sa prime de qualité sur les marchés mondiaux, aggravant ainsi l’endettement d’un secteur déjà fragilisé par un manque chronique de trésorerie.

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