Nigeria : Rançon présumée, le gouvernement conteste les révélations de l’Agence France-Presse

Nigeria

Le démenti est tombé comme un couperet, sec et attendu. Ce 24 février, Abuja a balayé d’un revers de main l’enquête de l’AFP pointant le versement de sept millions de dollars à Boko Haram pour obtenir la libération de près de 230 otages de l’école catholique St. Mary’s de Papiri. En démentant formellement ces révélations, l’exécutif a défendu bien plus qu’une version des faits. Il a protégé une ligne politique, une doctrine sécuritaire, et au fond, une certaine idée de la souveraineté.

L’accusation est grave. Elle évoque un transfert de plusieurs millions de dollars vers Gwoza, au cœur de l’État de Borno, et la libération de commandants jihadistes dans le cadre de négociations conduites par le conseiller à la sécurité nationale. Si elle était avérée, elle fragiliserait la loi de 2022 qui criminalise le paiement de rançons et exposerait l’État à un soupçon d’incohérence stratégique. En la rejetant catégoriquement, Abuja affirme que la libération des enfants résulte d’un travail de renseignement et d’une opération ciblée. Le message est clair. La République ne transige pas avec le terrorisme.

Depuis des années, les enlèvements de masse se sont installés dans le paysage sécuritaire nigérian. Ils minent la confiance des familles, freinent l’investissement, désorganisent la scolarité et pèsent sur la mobilité intérieure. Dans un pays qui ambitionne d’être le moteur économique du continent, cette économie du rapt agit comme une taxe invisible sur le développement. Elle détourne les ressources publiques vers l’urgence sécuritaire et fragilise l’autorité de l’État dans des territoires déjà éprouvés.

La fermeté affichée par le gouvernement s’inscrit donc dans une réforme plus large de l’architecture sécuritaire. Renforcement du renseignement, coopération régionale autour du bassin du lac Tchad, modernisation des forces. L’objectif est double. Restaurer la crédibilité de l’État à l’intérieur. Rassurer les partenaires extérieurs, alors que les États-Unis, sous l’impulsion de Donald Trump, ont récemment intensifié leurs frappes contre des cibles jihadistes dans le nord du pays.

Pour le Nigeria, la bataille est autant politique qu’économique. Aucun projet industriel, aucune réforme éducative, aucune ambition panafricaine ne peut prospérer sur un territoire où l’école devient une cible. En défendant sa ligne, Abuja défend aussi la possibilité d’un avenir stable pour sa jeunesse.

La crédibilité d’un État se mesure à sa capacité à protéger ses enfants sans renoncer à ses principes. C’est à cette hauteur que le Nigeria est aujourd’hui attendu, et c’est là que se joue une part décisive de son destin.

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