Niger : Orano appelle au dialogue après la rupture des accords miniers

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Le bras-de-fer entre le Niger et Orano, groupe français longtemps détenteur du monopole de l’uranium nigérien, prend un nouveau tournant. Depuis le coup d’État du 26 juillet 2023, les autorités nigériennes ont rompu les accords miniers avec la France et décidé de nationaliser la Société minière de l’Aïr (SOMAÏR), dont Orano détenait 63,40%. Cette décision, lourde de conséquences économiques et stratégiques, illustre la volonté du Niger de reprendre la maîtrise de ses ressources et de redéfinir sa souveraineté énergétique et industrielle.

Orano, confronté à cette mesure, appelle aujourd’hui à la discussion. Son directeur général, Nicolas Maes, insiste sur la nécessité d’un dialogue pour préserver les intérêts des mines, des salariés et de la filière. L’appel à la négociation traduit une reconnaissance implicite que la confrontation seule ne résout rien, et que l’avenir des relations entre le Niger et ses partenaires industriels repose sur la capacité à construire des compromis équilibrés.

Cette nationalisation marque un tournant pour le Niger. Le pays, riche de ses gisements d’uranium, cherche à transformer cette ressource en moteur de développement durable. La mainmise sur SOMAÏR ouvre la voie à une plus grande réorientation des revenus de l’uranium vers des projets locaux, dans l’éducation, l’infrastructure et l’industrie. L’efficacité de cette réforme dépendra de la clarté des règles, de la gouvernance interne et de la capacité à attirer des compétences et des partenaires fiables.

Sur le plan international, la démarche nigérienne s’inscrit dans une logique de réappropriation des ressources africaines. Elle pose une question majeure sur la place des entreprises étrangères et la manière dont elles doivent collaborer avec des États souverains déterminés à contrôler leurs richesses. La réaction des institutions et des partenaires économiques sera déterminante pour le climat d’investissement et la stabilité régionale.

Le Niger est ainsi confronté à un choix stratégique : transformer l’uranium en levier de prospérité nationale ou subir les frictions et litiges que génère tout réajustement de rapports de force économiques et diplomatiques. La nationalisation de SOMAÏR n’est pas seulement un acte économique, elle est un signal clair de l’ambition nigérienne de tracer sa propre voie. Si le pays parvient à conjuguer maîtrise de ses ressources et ouverture stratégique, il pourrait écrire une page nouvelle du développement africain, fondée sur la souveraineté, la compétence et l’audace.

La balle est désormais dans le camp des dirigeants nigériens qui souhaitent voir le Niger réinventer sa place dans le monde, avec détermination et lucidité.

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