Au Mali, en ce début d’année 2026, l’éducation s’impose à nouveau comme un terrain stratégique où se jouent bien plus que des réformes sectorielles. La rencontre entre le ministre de l’Éducation nationale, le Dr Amadou Sy Savane, et la délégation de la Banque mondiale s’inscrit dans une séquence politique assumée par les autorités de la Transition, qui ont consacré les années 2026 et 2027 à l’éducation et à la culture. Le Mali entend replacer l’école au cœur du projet national, dans un contexte de tensions sécuritaires, de pression démographique et d’attentes sociales aiguës.
La réaffirmation de l’engagement de la Banque mondiale intervient à un moment décisif. Plusieurs programmes éducatifs arrivent à maturité, d’autres appellent des réajustements précis. L’introduction de Djiby Thiam comme nouvel interlocuteur pour le suivi des projets traduit cette volonté de resserrer le pilotage, d’affiner l’accompagnement, de réduire la distance entre les intentions affichées et les réalités du terrain. Le message est sans ambiguïté. Le temps des diagnostics répétés s’efface au profit de celui de l’exécution maîtrisée.
Depuis plus de dix ans, l’éducation constitue l’un des axes les plus structurants de la coopération entre le Mali et la Banque mondiale. Les financements mobilisés ont permis d’ouvrir des écoles, de former des enseignants, de soutenir la scolarisation des filles et d’améliorer la gouvernance du système éducatif. Mais l’enjeu actuel n’est plus seulement quantitatif. Il est politique au sens noble, celui de la capacité d’un pays à transformer l’école en socle de cohésion et de projection collective.
Dans un Mali jeune, confronté à des fractures territoriales profondes et à une insécurité persistante, l’école devient un espace de résistance silencieuse. Chaque élève maintenu dans le système éducatif est une promesse de stabilité, chaque enseignant formé un maillon de l’autorité républicaine restaurée. En ce sens, l’alignement des projets de la Banque mondiale sur les priorités nationales pour 2026–2027 ouvre une fenêtre stratégique. Il offre l’occasion d’articuler réforme éducative, développement local et consolidation de l’État.
Les discussions ont également mis en lumière une exigence de résultats tangibles. Les autorités maliennes insistent sur l’efficacité des investissements, la coordination des acteurs et la traduction des engagements financiers en progrès visibles pour les familles. Cette posture, plus exigeante, s’inscrit dans une vision, où le savoir n’est plus perçu comme un héritage importé mais comme une ressource souveraine à cultiver.
L’absence d’annonces spectaculaires ne diminue pas la portée de cette séquence. Elle rappelle que l’éducation se construit dans la durée, à l’abri des effets d’annonce. Si la volonté politique se maintient et si les partenariats restent alignés sur l’intérêt national, le Mali pourra faire de son école le cœur battant de sa reconstruction. Car investir dans l’esprit de la jeunesse, c’est déjà reprendre le contrôle du futur.













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