Somalie : L’urgence humanitaire à l’épreuve de la souveraineté politique

Somalie

La Somalie se trouve, une fois encore, au point de convergence des urgences humanitaires et des choix politiques structurants. Le lancement du Plan d’intervention 2026, mobilisant 852 millions de dollars pour assister 2,4 millions de personnes, constitue un acte politique révélateur des tensions entre l’urgence vitale, la soutenabilité des réponses internationales et l’affirmation progressive de la souveraineté institutionnelle somalienne.

La baisse apparente des besoins humanitaires, annoncée par les Nations unies, traduit un resserrement méthodologique contraint par la raréfaction des financements. La sécheresse persistante, l’épuisement des ressources hydriques, l’érosion des moyens de subsistance et la conflictualité endémique continuent de frapper le tissu social somalien avec une brutalité silencieuse. Dans ce contexte, la sélection de 1,6 million de bénéficiaires prioritaires illustre une réalité inconfortable : l’aide internationale n’atteint plus l’ensemble des vulnérabilités, mais opère par arbitrage, parfois tragique.

Pourtant, réduire la Somalie à un théâtre de détresse serait une faute analytique. Le gouvernement fédéral, à travers l’agence nationale de gestion des catastrophes, s’affirme comme un acteur central de la réponse, revendiquant une coordination alignée sur les priorités nationales. Cette posture marque une inflexion stratégique. La crise humanitaire devient un levier de consolidation étatique, à condition que l’action d’urgence s’inscrive dans une continuité avec le développement et la paix. C’est là que se joue l’enjeu politique fondamental.

Dans une lecture panafricaine assumée, la situation somalienne interroge la responsabilité collective du continent et de ses partenaires. L’Afrique ne peut accepter que ses crises climatiques et sécuritaires soient gérées dans l’urgence perpétuelle, sans investissement structurel à la hauteur. La Somalie n’appelle pas seulement à l’aide ; elle appelle à une refondation du regard porté sur sa trajectoire.

Car au-delà des chiffres et des plans, c’est la capacité d’un État à tenir debout sous la pression du monde qui se mesure ici, et avec elle, la crédibilité d’une solidarité internationale qui ne saurait se contenter de survivre à ses propres renoncements.

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