À peine un mois après l’ombre d’un coup d’État avorté, le Bénin s’est présenté devant l’épreuve des urnes dans un climat où la vigilance institutionnelle et la maturité civique se sont retrouvées au premier plan. Ce dimanche, près de neuf millions d’électeurs ont répondu à l’appel républicain, appelant à élire 109 députés et plus de 1 800 conseillers communaux pour un mandat désormais porté à sept ans, conséquence directe de la révision constitutionnelle de novembre 2025. L’enjeu dépasse le simple comptage des suffrages, il s’agit de mesurer la résilience d’un système politique confronté à ses fragilités et d’évaluer la capacité de la nation à maintenir le fil de la stabilité démocratique malgré les secousses récentes.
Le maintien du calendrier électoral, dans un contexte post-putsch, souligne non seulement la continuité de l’État, mais également la volonté de prémunir le Bénin contre les dérives autoritaires et les ruptures institutionnelles. Dans un pays où la mémoire des crises politiques reste vive, le déroulement calme du scrutin reflète la discipline civique des électeurs et la préparation des institutions, tout en illustrant la centralité de l’Assemblée nationale et des conseils communaux dans l’architecture de la gouvernance locale et nationale.
Pour la coalition présidentielle, forte d’une majorité de 81 sièges sur 109, ces élections représentent une confirmation stratégique de sa légitimité et de sa capacité à structurer l’action législative avant la transition présidentielle d’avril 2026. Pour l’opposition, en particulier le parti Les Démocrates, l’épreuve est autrement plus exigeante. Privé de la présidentielle et de certaines candidatures locales, le parti doit franchir un seuil de 20 % des suffrages dans chacune des 24 circonscriptions pour espérer retrouver la représentation parlementaire. La bataille des chiffres n’est pas qu’arithmétique, elle traduit un combat pour l’espace démocratique, pour la voix de ceux qui aspirent à un Bénin où pluralisme et équilibre institutionnel ne sont pas de vains mots.
Cette élection met en lumière un paradoxe : le pays avance, mesuré, dans la stabilité de ses institutions, tout en portant les cicatrices de ses fragilités. Elle illustre la tension constante entre stabilité et renouvellement, entre contrôle et ouverture démocratique. Dans cette arène, chaque bulletin devient un vecteur de souveraineté, chaque siège un témoin de l’ancrage d’un projet national.
Le Bénin, en affrontant cette double épreuve législative et communale, confirme que la politique n’est jamais seulement le jeu du pouvoir, elle est l’art de bâtir un avenir commun, de transformer les épreuves en fondations solides. Et dans cette perspective, l’élection n’est pas un simple événement, elle est la promesse renouvelée d’un État capable de conjuguer stabilité et ambition, discipline et liberté, mémoire et horizon.













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