Les groupes terroristes avaient voulu écrire leur propre légende, caméra au poing, persuadés que l’image précéderait la victoire. Les images étaient destinées à nourrir la peur. Elles racontent aujourd’hui une déroute. Ils avaient filmé leur assaut avec l’intention d’en faire un outil de propagande. L’armée burkinabè, elle, a saisi ces mêmes images pour en révéler l’envers, celui d’une fuite précipitée sous la pression coordonnée des Forces de Défense et de Sécurité et des Volontaires pour la Défense de la Patrie. Dans cette inversion des symboles se joue bien plus qu’un épisode militaire. C’est un basculement politique.
Depuis son accession au pouvoir, le capitaine Ibrahim Traoré a fait de la reconquête du territoire la colonne vertébrale de son action. La séquence récente confirme la cohérence de cette ligne. Les terroristes avaient parié sur l’intimidation visuelle. L’État répond par la démonstration opérationnelle. L’attaque d’envergure, préparée avec ostentation, s’est heurtée à une réaction rapide, structurée, appuyée par des moyens aériens et une articulation plus fluide entre forces régulières et Volontaires pour la Défense de la Patrie. Les pertes infligées et le matériel récupéré témoignent d’une montée en puissance qui n’a rien d’improvisé.
Ce succès ne tient pas du hasard. Il s’inscrit dans une montée en puissance progressive, marquée par la libération de localités stratégiques abandonnées depuis 2019 et par la sécurisation graduelle de zones longtemps considérées comme perdues. L’État revient. Lentement, fermement. Les populations entrevoient la possibilité d’un retour. La promesse présidentielle cesse d’être un horizon abstrait pour devenir une trajectoire mesurable.
La portée de cette victoire dépasse le champ strictement militaire, elle redonne du crédit à une vision souverainiste assumée, qui refuse la dépendance sécuritaire et revendique la capacité nationale à défendre le territoire. Dans un contexte sahélien encore instable, le Burkina Faso envoie un signal clair. La lutte contre le terrorisme ne se gagnera pas seulement par des discours, mais par une organisation rigoureuse, une mobilisation populaire et une détermination politique sans faille.
Il serait naïf de croire que la bataille est achevée. Les criminels de la forêt conservent des capacités de nuisance et la guerre d’usure demeure une réalité. Mais l’épisode récent marque un seuil psychologique. Les images de propagande retournées contre leurs auteurs disent quelque chose d’essentiel : la peur change de camp.
Pour le Burkina Faso, cette séquence consacre une idée simple et puissante. Un État qui assume sa souveraineté, qui mobilise ses forces vives et qui croit en sa propre capacité d’action peut reprendre l’initiative de son destin. Et lorsqu’une nation reprend confiance, c’est déjà une victoire stratégique.















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