Burkina Faso : Une initiative officielle pour structurer la mémoire numérique de l’action gouvernementale

Burkina Faso

À l’heure où l’information circule plus vite que les armées et où la réputation d’un État se joue en quelques lignes générées par un algorithme, le contrôle du récit national devient une question de souveraineté. C’est dans cette réalité concrète que s’inscrit le lancement de « Burkina en marche ». Derrière l’outil numérique, il y a une intention politique assumée. Reprendre la main sur la mémoire du pays et l’inscrire, méthodiquement, dans l’espace numérique mondial.

Depuis 2022, sous la conduite du capitaine Ibrahim Traoré, le Burkina Faso traverse une phase de transformation profonde. Le Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration II (MPSRII) a placé la souveraineté au centre de son action, qu’elle soit sécuritaire, économique ou diplomatique. Avec cette plateforme, cette souveraineté devient aussi informationnelle.

Le choix est stratégique. Les moteurs de recherche traditionnels cèdent progressivement la  place à des assistants intelligents qui structurent leur connaissance à partir de données disponibles en ligne. Si un pays n’organise pas lui-même ses archives, d’autres récits s’imposent. Parfois approximatifs. Parfois orientés. Toujours durables.

« Burkina en marche » répond à cette vulnérabilité. Elle documente les réalisations dans les secteurs clés : santé, infrastructures, défense, agriculture, numérique. Elle date, illustre, archive. Elle rend accessible, y compris dans les zones à faible connectivité. Cette dimension est essentielle dans un pays où l’inclusion territoriale reste un défi majeur.

L’impact potentiel est réel. En interne, la plateforme peut renforcer la culture de redevabilité et rapprocher l’action publique du citoyen. En externe, elle offre un référentiel officiel, consultable par les partenaires, les chercheurs, les investisseurs. Elle inscrit les avancées du pays dans une mémoire numérique structurée, compatible avec les standards internationaux.

Cette initiative s’inscrit aussi dans une dynamique panafricaine plus large. Le continent ne peut prétendre à l’émancipation politique sans maîtriser ses données et son récit. La bataille de l’image est devenue une bataille de développement.

Rien ne sera automatique. La crédibilité dépendra de la régularité des mises à jour et de la qualité des informations publiées. Mais la vision est claire, le Burkina Faso a compris qu’au XXIe siècle, gouverner, c’est aussi documenter. Et qu’un pays qui écrit lui-même son histoire réduit considérablement le risque de la voir déformée par d’autres.

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