Burkina Faso : Quand la frontière ivoirienne devient le bouclier de la barbarie

Burkina Faso

L’histoire des nations se joue parfois sur la ligne ténue d’un rivage, là où la souveraineté cesse d’être un concept de chancellerie pour devenir le rempart de la survie. Entre le 7 et le 9 février, la frontière ivoiro-burkinabè n’a pas seulement été le théâtre d’une incursion avortée ; elle est devenue le miroir déformant d’une géopolitique de la trahison. Alors que nos forces, portées par l’élan sacré de la Refondation, traquaient des meutes de criminels sans foi ni loi, la géographie a servi de paravent à l’infamie. Cette séquence, où l’effroi de la traque sur le sol burkinabè s’est mué en une parade de nargue sur la rive ivoirienne est une gifle à la fraternité des peuples et une insulte à l’intégrité du territoire. Au-delà de l’acte de guerre, c’est une mise en scène du mépris qui interroge les profondeurs de l’ombre. Qui offre le gîte à ceux qui sèment le deuil ? Qui autorise cette métamorphose du fuyard en provocateur à la faveur d’un simple franchissement d’une ligne de démarcation ?

Surpris en pleine incursion, ces mercenaires de l’ombre ont d’abord offert le spectacle de leur lâcheté : une fuite éperdue, un galop de survie face à la foudre des Forces de Défense burkinabè. Mais à l’instant précis où leurs bottes ont foulé le sol de la Côte d’Ivoire, la panique s’est muée en une insolence glaciale. Les corps se sont redressés, les armes ont été brandies, et le plomb a sifflé en direction de nos lignes. Cette métamorphose n’est possible que si l’assassin se sait protégé par un bouclier invisible. Elle révèle une stratégie de la zone grise où le terrorisme instrumentalise les pointillés des cartes pour s’offrir un sas de décompression. Ce ne sont ni des combattants ni des insurgés, mais des prédateurs sans visage qui jouent sur des silences diplomatiques pour échapper à leur destin de poussière.

La retenue des Forces de Défense et de Sécurité (FDS) doit être soulignée avec une solennité particulière. En s’abstenant de riposter, les héros de la nation ont sauvé la paix régionale d’un embrasement que l’ennemi appelait de ses vœux. Cette discipline de fer, cette verticalité dans l’honneur, est la marque d’une armée de métier qui refuse de voir son sang sacrifié sur l’autel d’un incident frontalier prémédité par des officines de l’ombre. Cependant, cette retenue stratégique est une mise en demeure : la fraternité ne peut plus être le paravent de la complaisance. Il appartient désormais aux autorités ivoiriennes de clarifier leur position. On ne peut prétendre lutter contre l’hydre tout en laissant ses têtes se reposer sur son propre perron.

L’Afrique consciente refuse désormais les faux-semblants d’une solidarité de façade qui s’arrête au milieu du fleuve. La frontière ne doit plus être le balcon de l’arrogance criminelle, mais le verrou infranchissable d’une dignité partagée. Car une souveraineté qui tolère le sanctuaire du chaos finit inévitablement par en devenir la proie. L’heure n’est plus aux notes de service, mais à la clarté des actes. Le sang burkinabè versé pour la liberté du continent exige que chaque rive choisisse enfin son camp, sans ambiguïté ni trahison.

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *