À Moscou, la signature de l’Accord sur les fondements des relations entre le Burkina Faso et la Fédération de Russie marque une étape structurante dans la recomposition diplomatique engagée par le capitaine Ibrahim Traoré. Le geste est politique, assumé, stratégique. Il consacre une orientation claire, celle d’un Burkina Faso qui choisit ses partenariats en fonction de ses intérêts souverains et de ses priorités nationales.
Depuis 2022, Ouagadougou a entrepris de redéfinir ses alliances. Ce nouvel accord, signé par le Burkina Faso et la Russie, formalise ce mouvement. Il ne s’agit plus d’une coopération circonstancielle, mais d’un cadre global, pensé, négocié mot à mot, qui fixe des secteurs stratégiques, une méthode de travail et une vision commune des rapports internationaux. La diplomatie burkinabè quitte l’improvisation pour l’architecture.
L’enjeu premier reste la sécurité. Dans un Sahel éprouvé par le terrorisme, l’appui technique russe répond à une exigence concrète. Renforcement de capacité, transfert de compétences, équipements adaptés. Sur le terrain, l’objectif est clair, redonner de la profondeur à l’action des forces nationales et restaurer l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire. La lutte sécuritaire n’est pas isolée du reste. Elle conditionne l’école qui rouvre, le marché qui respire, la route qui relie.
Mais réduire cet accord à la seule dimension militaire serait une erreur d’analyse. La vision portée par le chef de l’État vise un redressement plus large. Diversification des partenaires économiques, coopération dans l’énergie, les mines, la formation technique. L’État burkinabè cherche des leviers pour transformer ses ressources en valeur ajoutée locale. L’industrialisation naissante, les chantiers d’infrastructures, la montée en compétence des jeunes ingénieurs sont les premiers signes d’une dynamique qui s’installe.
Sur l’échiquier international, Ouagadougou affirme une posture d’équilibre. Le rapprochement avec Moscou ne signifie pas alignement, mais diversification. Il traduit une volonté de sortir des dépendances exclusives et de réaffirmer la liberté de décision. À l’ONU, la convergence de vues mentionnée par les deux diplomaties témoigne d’un dialogue politique assumé, fondé sur le respect mutuel et la non-ingérence.
Cette séquence diplomatique révèle une cohérence. Le Burkina Faso ne subit plus son environnement géopolitique, il le négocie. La souveraineté cesse d’être un slogan pour devenir une méthode. Dans un continent en quête de nouvelles marges de manœuvre, Ouagadougou trace une ligne exigeante. Celle d’un État qui, au cœur des turbulences, choisit de se tenir debout et d’écrire lui-même les termes de son avenir.














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