À Cotonou, le 3 février dernier, dans une atmosphère à la fois solennelle et maîtrisée, le président béninois, Patrice Talon a lancé officiellement la Vision Bénin 2060 « ALAFIA », Durant cette présentation, le chef de l’État n’a pas seulement présenté un document de planification, Il a inscrit son action dans une temporalité longue, rare en Afrique de l’Ouest, à l’heure où les urgences électorales dictent souvent l’agenda public. À deux mois d’une élection décisive et à l’orée de la fin de son mandat, ce geste revêt une portée politique, institutionnelle et symbolique majeure.
Cette vision, pensée jusqu’au centenaire de l’indépendance, se veut une boussole collective. Elle ambitionne de transformer un pays longtemps perçu comme périphérique en un pôle de stabilité, de prospérité et de rayonnement. Les quatre piliers — paix sociale, gouvernance, inclusion économique, influence culturelle — traduisent une lecture lucide des fragilités nationales, mais aussi une volonté assumée de rupture avec l’improvisation chronique. En projetant une croissance soutenue et une élévation substantielle du niveau de vie, le pouvoir béninois revendique désormais le droit à l’ambition.
L’impact potentiel de cette réforme stratégique est réel. En structurant l’action publique sur plusieurs décennies, l’État se dote d’un cadre qui peut stabiliser les politiques, rassurer les investisseurs, renforcer la cohérence territoriale et donner de la visibilité aux acteurs économiques. La priorité accordée au capital humain, à la diversification productive et à la diplomatie de développement marque une inflexion vers un modèle plus endogène, plus souverain, en phase avec les aspirations panafricaines contemporaines.
Mais le projet ALAFIA ne saurait être un simple exercice de projection technocratique. Le document reconnaît, sans détour, les failles persistantes : informalité massive, inégalités territoriales, vulnérabilités sécuritaires. La crédibilité de la vision se jouera dans sa traduction concrète, dans la capacité à faire descendre les objectifs dans les villages, les écoles, les ateliers, les ports et les marchés. Sans discipline administrative, sans reddition des comptes, sans participation citoyenne réelle, la promesse resterait lettre morte.
Patrice Talon cherche ici à transmettre un héritage structurant ; celui d’un État qui pense loin, qui planifie sans arrogance, qui parie sur l’intelligence collective plutôt que sur les slogans. Reste à savoir si les générations à venir sauront s’en emparer.















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