Sous l’azur immuable de la Méditerranée, le destin de la Libye s’est longtemps joué dans le silence des sables et le tumulte des exportations brutes. Aujourd’hui, l’annonce par la National Oil Corporation (NOC) d’une ambition portée à 660 000 barils par jour sonne comme un coup de tonnerre dans le ciel de l’économie rentière. Il ne s’agit plus seulement d’extraire le sang de la terre pour le livrer aux autres, mais de le raffiner chez soi, de lui donner corps et valeur sur le sol des ancêtres. C’est le passage d’une économie de cueillette à une architecture de puissance.
L’enjeu, au-delà des chiffres, est une véritable alchimie républicaine. En visant le doublement de ses capacités, Tripoli entend briser les chaînes d’une dépendance absurde, celle d’un pays assis sur un océan d’or noir, mais contraint d’importer son essence à prix d’or. Le plan de Masoud Suleiman, président de la NOC, est une charge contre l’obsolescence. Réveiller la raffinerie de Ras Lanuf, endormie depuis 2013, c’est rallumer un phare industriel dans une zone trop longtemps délaissée par le progrès technique.
Cette stratégie dessine une verticale de souveraineté. En projetant l’autosuffisance en gaz de cuisson pour 2033 et en diesel pour 2034, la Libye refuse le rôle de simple réservoir du monde pour devenir son propre moteur. C’est une vision résolument panafricaine qui ne se contente plus de regarder passer ses richesses sur des navires étrangers, mais qui décide de les forger, de les transformer et de les distribuer. La modernisation des infrastructures n’est ici que le bras armé d’une volonté politique qui refuse les défaillances structurelles comme une fatalité.
Certes, le chemin est pavé d’incertitudes politiques et de besoins financiers abyssaux. Mais la détermination de la NOC insuffle un souffle nouveau, une promesse de stabilité par la compétence technique. Dans ce théâtre de fer et de feu, chaque nouvelle unité de raffinage est une pierre posée pour l’édification d’un État moderne, capable de nourrir son peuple sans tendre la main.
La Libye ne se contente plus de subir sa géologie ; elle s’apprête à sculpter son avenir dans l’acier des raffineries, car le véritable pouvoir ne réside pas dans la possession de la ressource, mais dans le génie de sa métamorphose.
















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