Alors que l’est de la République démocratique du Congo (RDC) s’enfonce dans une instabilité croissante, le ballet diplomatique s’intensifie. La récente visite de travail du Président Félix-Antoine Tshisekedi à Luanda, le 5 janvier 2025, marque une étape charnière dans la quête de stabilité pour le pays. Accueilli par son homologue João Lourenço, médiateur désigné par l’Union africaine, le chef de l’État congolais a cherché à revitaliser le dialogue après une série de revers sur le terrain militaire. Cette rencontre, bien que brève, souligne la dépendance mutuelle des nations de la région pour résoudre un conflit qui, selon les mots de Tshisekedi, reste une « guerre imposée ». En qualifiant les nouvelles propositions angolaises de « très intéressantes », le président congolais mise sur une approche diplomatique africaine renforcée pour pallier les limites des engagements internationaux précédents.
L’enjeu de cette rencontre est d’autant plus grand que le contexte sécuritaire s’est brutalement dégradé malgré la signature des accords de Washington sous l’égide de Donald Trump. L’occupation temporaire d’Uvira par la coalition AFC/M23 a agi comme un électrochoc, révélant la fragilité des cessez-le-feu négociés sur la scène internationale. La méfiance de Kinshasa vis-à-vis du retrait annoncé de la rébellion illustre un blocage profond. Alors que les pressions diplomatiques américaines s’exercent pour un recul des troupes rebelles à 75 kilomètres de la ville, la réalité du terrain montre une reprise des hostilités et une violation systématique des engagements de Washington, aggravant ainsi la crise humanitaire vers le Burundi.
Sur le plan du développement national, cette instabilité chronique constitue un frein majeur à l’émergence économique de la RDC. La menace pesant sur Uvira, véritable verrou stratégique vers le Grand Katanga, met en péril l’un des poumons économiques du pays. Toute réforme visant le développement ne peut porter ses fruits sans une sécurisation des axes commerciaux et une stabilité durable. L’incapacité à pacifier l’Est détourne les ressources publiques vers l’effort de guerre, décourage les investissements structurants dans les provinces du Kivu et du Sud et aggrave la précarité des populations. La résolution de cette crise est donc le préalable indispensable pour transformer le potentiel naturel de la RDC en levier de croissance réelle.
Enfin, l’avenir immédiat de cette médiation se jouera en Zambie, lors de la réunion ministérielle de la CIRGL à Livingstone prévue du 8 au 10 janvier. Ce sommet, réunissant douze ministres de la Défense, devra traduire les propositions de Luanda en mesures opérationnelles concrètes. La multiplication des consultations régionales par Félix Tshisekedi, de Brazzaville à Luanda, témoigne d’une volonté de forger un front commun africain. L’enjeu est désormais de transformer ces intentions diplomatiques en une paix effective sur le terrain, condition sine qua non pour que le pays puisse enfin se consacrer à sa reconstruction et au bien-être de ses citoyens.












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